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De chair et d'os

  • Photo du rédacteur: Léa Evey
    Léa Evey
  • 21 mai 2020
  • 2 min de lecture

Un texte de Viviane-Tâm Laroy

J’observe le soleil qui se couche de ma terrasse pour lentement m’imprégner des silhouettes noires qui se dessinent à l’avant des dégradés d’oranges et de violets. Comme tous les soirs, depuis que nous sommes, selon les termes usités, confinés. C’est un luxe que je me permets pour m’évader quelques instants en fin de journée, de ce que j’ai vu, les yeux ouverts à la pleine lumière. Cette expérience de vie révèle des réalités sur lesquelles il est bon de dormir, dans la confiance d’un jour nouveau. Ce qui n’est pas évident pour moi qui ait déjà des troubles du sommeil depuis de nombreuses années.


J’aime ma solitude, et pourtant, s’il y a bien ce quelque chose de précieux qui est apparu lors de cette crise, c’est la connivence toute particulière que j’ai développée avec certaines personnes de mon entourage. Nous nous sommes trouvées à percevoir ces phénomènes exceptionnels d’une même perspective, avec autant de tristesse ou de colère. Ou encore, à réagir d’une manière commune à ce qui nous touche.

Les principes se mêlent aux valeurs et à nos éventails d’émotions pour faire de nous des éléments qui s’entrelacent. Nos solitudes sont devenues toute relatives. Nous sommes tous positionnés dans nos regards échangés subrepticement et nos tics nerveux, qui fonctionnent à l’identique. Nos constructions identitaires, nos résurgences subjectives, ne sont que les miroirs du monde que nous partageons : au-delà des déclarations de principe et des valeurs affirmées, qui peuvent résonner dans le vide, si elles ne sont pas incarnées.


Les couleurs se sont maintenant assombries et les formes autrefois distinctes se mélangent sur fond de lueur où je cherche les étoiles. J’y découvre les ombres des nuages suspendus tout la haut, comme une bruine à la clarté des astres dans le ciel.

Le fond de l’air se refroidit, je vais devoir me couvrir : je suis bien faite de chair et d’os. En d’autres temps, j’étais convaincue que j’étais constituée principalement d’os. Ce n’est plus le cas maintenant. Je suis bien où je suis, ici et maintenant. Mon corps est aussi celui des autres : celui avec lequel je fais l’amour, celui qui aime.

Quelque part, je crains qu’avec le déconfinement annoncé, je ne prenne plus le temps d’aimer et de partager mon incarnation. Je crains que le vide et la morbidité reprenne le dessus, celle des automatismes et des évidences, celles de blessures cachées.

Dans la nuit qui s’annonce avec force, ne percent plus que les écrans de télévision de mes voisins, à travers les vitres qui reflètent à peine le ciel. Il est temps pour moi, de laisser au repos, ma chair et de faire confiance au futur, laisser le déroulement du monde qui m’entoure s’échapper, de ne pas craindre ce qu’il me donnera à voir. Je ne suis pas seule et nous formons ensemble une ouatine où il ne peut plus rien nous arriver. Faites que je dorme, du sommeil du juste, celui de la justesse, de la cohérence du sens et de la sincérité du vrai. Et c’est ce que je vous souhaite à tous et toutes qui me lisez.


 
 
 

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