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Le monde d'après

  • Photo du rédacteur: Léa Evey
    Léa Evey
  • 22 avr. 2020
  • 3 min de lecture

Un texte de Virg. Pie


Les journées se suivent et se ressemblent. Sans trop de surprises.

Avec des hauts et des bas, nous prenons nos marques tous les quatre. Silence prend beaucoup de place mais, il n’est pas dérangeant, je le laisse faire comme s’il était chez lui. Temps a toujours été là mais le voir s’étirer de la sorte à longueur de journée est… déstabilisant et parfois frustrant. Solitude et moi réfléchissons beaucoup. Peut-être trop c’est vrai mais nous n’avons pas grand chose d’autre à faire…

Hier soir, Manu a prolongé en France le « cocooning forcé, obligé,confinant ». J’ai vu Solitude et Silence se détendre à cette annonce. Ici, en Belgique, nous suivrons sans doute. Moi, je tousse, j’ai un peu mal aux poumons. Je ne sais pas si c’est lié aux allergies, si c’est psychosomatique ou coronavirant. En dehors de cela, je me sens bien, pas de fatigue, pas de fièvre, pas de perte de goût. Croisons les doigts.

Ca fait plus d’un mois que je n’ai vu personne en dehors du moment des courses. Trois fois je crois depuis le début et j’applique tous les gestes barrières plutôt deux fois qu’une. En dehors de cela et de porter une fois par semaine du linge à mon Papy (sortir de la voiture, déposer le linge dans le sas de sa résidence, aucun contact avec personne, remonter dans la voiture et rentrer chez moi), je n’ai fait aucune promenade, aucune sortie « détente ». Je n’en tire pas spécialement de fierté, c’est juste que sortir me fait peur. Je ne me sens pas enfermée pour autant, que du contraire. Je ne ressens pas de manque. Ni du dehors, ni des autres, en dehors de mon Papy évidemment. J’ai pourtant, j’avais pourtant, une vie active et sociale bien remplie. J’ai beaucoup d’amis, une famille, des activités… Mais rien ne me manque. La présence de mes trois comparses me suffit amplement.

C’est bien cela qui m’inquiète, ce n’est pas normal. Quand je pense à l’après, que je m’imagine prendre les transports en commun, aller en ville, les escalators, le bruit, la foule, le monde, le mouvement rapide du monde, les yeux rivés sur les smartphones dans les transports, les stress professionnels, les « urgences »… Mes émotions balancent entre la peur, le désintérêt total et le sentiment d’inutilité, de folie et un certain refus de la situation à venir.

Ces sentiments vont s’intensifier d’après Solitude, Silence et Temps. Je le sais, je le ressens un peu plus chaque jour. Je ne veux plus d’un monde comme celui d’avant mais celui d’après me fait peur. Il n’a aucun sens à mes yeux. J’attendais tellement une pause générale. Si ce n’était pas au détriment d’autres personnes, … Ce serait vraiment bien en ce qui me concerne. J’ai peur de ce monde d’après parce que je suis persuadée qu’il ne sera pas meilleur que celui d’avant, que les leçons ne seront pas tirées. J’espère me tromper…

Ne culpabilise pas de ne pas culpabiliser de ton confinement me dit Solitude. Non, c’est vrai dit Silence, j’ai aussi enfin l’impression d’exister, je te comprends. Temps s’en moque royalement, il dit que pour lui, cela ne change absolument rien. C’est vrai qu’il n’a jamais vraiment tenu compte des autres pour faire sa vie, c’est quand même un bel égoïste quand j’y pense. Ca fait rire Silence qui a capté ma pensée.

Temps me dit qu’Ennui voudrait bien passer. Mais je lui rétorque que nous sommes en confinement au cas où il aurait oublié, qu’il reste chez lui. Je ne me suis jamais trop entendue avec lui de toute façon, un peu trop pédant à mon goût. Temps a l’air déçu. Ca m’est égal. Durant la journée, je les laisse tous les trois régulièrement sur le côté pendant que je télétravaille. Mais c’est de plus en plus difficile de se concentrer. Quand on perd un peu le sens de ce que l’on fait…

Solitude m’appelle. Rien, il ne sait rien faire sans moi celui-là.



 
 
 

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