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Pas d’utopie, pas de démocratie ?

  • Photo du rédacteur: Léa Evey
    Léa Evey
  • 1 oct. 2020
  • 3 min de lecture

Il n’aura fallu que quelques heures pour que le gouvernement Vivaldi perte son intérêt aux yeux de nombreux citoyens. Comme de tradition, on a eu droit à des noms, des répartitions, et quelques « spotlights » sur l’un ou l’autre point plus ou moins engrangé (que celui qui a compris de quel montant sera la pension minimale lève la main). Mais aucune vision claire sur la promesse de ce gouvernement : sur base de quel socle commun faisons-nous société? Quelles sont les valeurs au cœur du projet ?

Vain espoir quand on met autant de monde autour de la table ? Salutaire nécessité, en fait. Pour dire quels fondamentaux restent indiscutables et seront défendus par le gouvernement - incarnation de la démocratie. La valeur de la vie humaine, par exemple, qui fait qu’elle engendre des politiques de protection, de bien-être, d’amélioration des conditions d’existence. Il est plus enthousiasmant de savoir comment nous arriverons jusqu’à l’âge de la pension, avec quelle qualité de vie au travail, quelle mobilité, quelle organisation pratique de « nos » vies (de professionnels, de parents, d’aidants-proches...), dans quel état de santé, y compris mentale, que de savoir que la pension sera de 3 francs six sous ou de six francs trois sous.



Entendre que l’on fait communauté autour d’une utopie emballante, une ligne d’horizon que l’on peut apercevoir clairement, est une urgence démocratique. Le citoyen est épuisé. Epuisé de lire ou d’entendre que ça ne fonctionne plus. Epuisé des injonctions à se réjouir, du coup, pour des cacahuètes mal vendues. Il n’en a que faire des budgets et des agendas, des cabinets et des administrations, des nuits sans sommeil des négociateurs (qui dit qu’il dort, lui ?).


Il veut savoir à quoi tout ça sert. A quel projet cohérent, englobant, qui tiendrait compte de ses problèmes et y répondrait. Non pas partiellement, non pas graduellement. Complètement. Il veut savoir si sa vie va fondamentalement changer, et si vraiment, ses enfants vont vire aussi mal que lui, ou même pire.


Il est temps de lui répondre, au risque de le voir se détourner définitivement de la politique, et renoncer de facto au projet démocratique. L’ensemble de la population se sent fragilisée, menacée, sortant d’une crise mondiale ayant montré les limites d’une politique des petits pas, ne résolvant finalement jamais rien. Les citoyens sont mûrs pour flirter avec des extrémismes pauvres et des populismes simples. Se sentant incompris, chacun s’isole et se renferme, ne voit plus ce qui le rapproche des autres et qui nécessite de faire corps. Il n’y a plus de communauté, plus d’humanité. C’est l’abandon de l’idée de « faire société ».

Ce fil rouge, cette utopie, existe dans l’accord de gouvernement, parait-il, selon les négociateurs. « Ce n’est qu’une erreur de communication », disent certains. On ne demande qu’à les croire. Il faut trouver - d’urgence - un narrateur (le Premier Ministre ?), qui donnerait un sens commun à ce qui se construit. Au risque que l’erreur devienne une faute politique, menaçant gravement la démocratie.

Sans retrouver un récit lisible, sans défendre un socle inclusif, « éclairé », la politique ne peut plus être l’outil noble qui fonde la démocratie. Elle ne crée plus d’intérêt, ne donne plus envie que l’on s’engage pour elle, et qu’on se mobilise pour voter en âme et conscience. Elle se saborde, et emporte l’engagement citoyen avec elle.


 
 
 

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